Tadej Pogacar au départ de Paris-Roubaix, sa participation en cinq questions
L'équipe UAE Emirates-XRG a confirmé mercredi la participation de son leader Tadej Pogacar à Paris-Roubaix le 13 avril prochain pour la première fois de sa carrière.
C'est noyé dans un communiqué annonçant son groupe pour le Grand Prix E3 Saxo Classic et Gand-Wevelgem que l'équipe UAE Emirates-XRG a mis fin au suspense qui tenait en haleine le peloton depuis plusieurs jours. C'est acté, sauf contretemps de dernière minute, Tadej Pogacar prendra bien part à son premier Paris-Roubaix en carrière le 13 avril prochain. C'est une vraie sensation pour le cyclisme mondial et pour la classique nordiste, qui va voir le champion du monde et phénomène de la petite reine tenter un nouveau défi fou qui laisse songeur.
Sa participation est-elle une surprise ?
Peut-on encore être surpris par Tadej Pogacar ? Capable d'écraser un Grand Tour de main de maître, comme de s'offrir des grandes courses d'un jour après 100 kilomètres d'échappé, le Slovène n'est plus à un coup d'éclat près. Il ne s'était d'ailleurs jamais caché de son envie d'un jour participer à Paris-Roubaix, "cela fait partie de ses prochains objectifs" avait confirmé son manager Alex Carrera fin mai 2024. Après plusieurs années de séduction après la rencontre en guise de coup de foudre sur le Tour de France 2022, le mariage va bien avoir lieu, et dès 2025.
L'Enfer du Nord n'était pourtant pas au programme initial de Pogacar focalisé dans un premier temps sur un quatrième Tour de France et une saison de classiques déjà dense. "Cette course, c’est encore quelque chose de différent", avait expliqué le patron d'UAE Emirates-XRG Mauro Gianetti lors de la conférence de presse de rentrée de sa formation le 10 décembre dernier. "On ne peut pas l’improviser, il faut se préparer pendant des mois mentalement et physiquement. C’est un investissement en termes de temps qui va changer le programme de toute une demi-saison."
Tadej Pogacar avait opiné, "j'aurai le temps plus tard" avait-il alors lâché. Mais le Slovène est un homme pressé, tout autant que pressant pour ses employeurs. Face à son envie irrésistible de tâter les pavés vers Roubaix, UAE Emirates a fini par céder. "C’est lui le boss, c’est lui qui gagne toutes les courses, et à la fin, il dira oui ou non" avait admis son directeur sportif Fabio Baldato, au micro d’ici Nord quant à la participation de Pogacar.
Son équipe voit dans Paris-Roubaix un danger inévitable de chute alors que la préparation pour le Tour de France ne laissera pas la place aux pépins et méformes à la fin du printemps. "Je lui répète qu’il doit attendre, ne pas prendre de risques, parce qu’il pourrait vraiment se blesser" avertissait Gianetti il y a deux semaines auprès de Cyclingnews, "Une mauvaise chute pourrait compromettre le Tour de France et peut-être même toute la saison." Son gadin en descente lors des Strade Bianche le 8 mars dernier a rappelé qu'il n'y a pas forcément besoin d'un terrain foncièrement dangereux pour se faire des grosses frayeurs. Oui, Tadej Pogacar pourrait perdre très gros dans les pavés du Nord. Il n'avait pas eu besoin de cela, sur Liège-Bastogne-Liège en 2023 pour que son engouement pour les classiques ne se finisse en bobo (fracture du poignet) et plombe la répétition de ses gammes pour la Grande Boucle.
Quelle expérience pour Tadej Pogacar sur les pavés ?
Le champion du monde n'arrivera pas en terrain totalement inconnu. "Pogi" s'était fait les dents lors des 19,4km de pavés répartis en onze secteurs sur l'étape du Tour 2022 qui avait emprunté certaines des routes de Paris-Roubaix. Pour sa découverte de l'exercice, Pogacar avait épaté, se montrant le plus habile de tous les favoris à la victoire finale, seulement suivi par le spécialiste des classiques Jasper Stuyven.
L'année suivante en 2023, "Pogi" n'avait été devancé que par les deux patrons des Ardennaises Wout van Aert et Mathieu van der Poel sur les pavés du Grand Prix E3 Saxo Bank. Il avait toutefois pris sa revanche sur ceux du Tour des Flandres en levant les bras devant Van der Poel. Mais ses qualités sur les courtes mais intenses côtes des courses comme le "Ronde" ne lui seront d'aucune aide sur Paris-Roubaix, où compte bien davantage l'agilité sur le pavé et l'endurance. Alors, début 2025, "pour le plaisir", Pogacar était allé se dégourdir les jambes sur la Trouée d'Arenberg. "S'il te plaît, non" avait répondu Jasper Philipsen, dauphin de son coéquipier Mathieu van der Poel lors des deux dernières éditions de Paris-Roubaix, sous le post Instagram montrant le champion du monde à son aise et à un bon rythme.
Un novice peut-il gagner Paris-Roubaix ?
Ce ne serait pas une première. Mais Paris-Roubaix est d'ordinaire une course qui s'apprend avant de la dominer, faute de pouvoir la maîtriser complètement. L'Allemand avait ouvert le palmarès de l'épreuve en 1896. Ce n'est que 125 ans plus tard que l'on retrouve la trace d'une victoire pour un premier voyage dans l'Enfer du Nord. L'Italien Sonny Colbrelli avait surpris tout son monde en remportant une édition 2021 très spéciale, en plein contexte de Covid-19 qui avait contraint à décaler la course à début octobre. La pluie et la boue avaient nivelé les performances et rendu l'épreuve épique, pour un sacre historique de Colbrelli, très grosse cote au départ.
Fera-t-il partie des favoris au départ ?
Le nom de Tadej Pogacar sera bien plus attendu que celui de l'ancien champion d'Europe il y a quatre ans. Partout où Pogacar s'élance, c'est pour jouer la gagne. 2024 en avait été la parfaite illustration avec neuf succès en onze épreuves (courses à étapes et d'un jour confondues) pour 25 victoires totales. Dès lors, ne pas glisser le coureur de 26 ans, quelles que soient les circonstances a des airs de crime de lèse-majesté. Pogacar sera animé par sa quête d'une place dans le club très fermé des coureurs à avoir remporté au moins quatre Monuments, dont il deviendrait le 10e membre après avoir une nouvelle fois buté sur Milan - San Remo samedi dernier.
Même Mathieu van der Poel, vainqueur haut la main en 2023 et 2024, se méfie de son grand rival, comme il l'avait expliqué après l'avoir dominé sur la Primavera samedi. "Il a montré lors de l'étape des pavés sur le Tour de France (en 2022) qu'il était très fort. C'est sûr qu'il peut gagner Roubaix. Cela ne sera pas facile mais ça ne l'est pour personne." Thierry Gouvenou, organisateur de Paris-Roubaix, est aussi de cet avis. "Il fera partie des grands favoris mais ce n'est pas gagné d’avance. C'est un vrai défi pour lui, à la hauteur de son talent. Ça ne va pas se faire dans la facilité. S’il vient à gagner cette épreuve un jour, ce sera dans la difficulté."
Paris-Roubaix et le Tour de France sont-ils compatibles ?
Aucun vainqueur sortant du Tour de France ne s'est présenté la saison suivante sur Paris-Roubaix au XXIe siècle. Pas plus que d'autres grands noms des décennies précédentes au profil de vainqueurs de Tours plus portés sur la montagne ou le contre-la-montre que les pavés comme Marco Pantani ou Miguel Indurain. Il faut remonter à 1991 pour voir l'Américain Greg LeMond au départ de Compiègne un peu moins d'un an après avoir fini en jaune à Paris. LeMond avait alors terminé 55e.
Gagner le Tour et faire mieux que se défendre sur les pavés n'est pas pour autant impossible, en témoigne l'édition 2014 de Paris Roubaix, qui voyait Bradley Wiggins (9e) et Geraint Thomas (7e) terminer dans le Top 10. Un résultat qui ne satisferait vraisemblablement pas le glouton slovène. Pogacar se verrait sans doute davantage en Cannibale décennie 2020 et successeur d'Eddy Merckx, dernier cycliste à avoir dompté l'Enfer du Nord comme vainqueur sortant du Tour en 1973. En 1981, Bernard Hinault avait, lui, fait le doublé Paris-Roubaix - Tour de France (réalisé par Merckx en 1970). Quatre autres coureurs ont par le passé remporté les deux épreuves mythiques dans l'Hexagone : Fausto Coppi (le seul autre à avoir gagné le Tour puis Roubaix la saison suivante), Louison Bobet, Felice Gimondi et Jan Janssen.